ALTERATION IS COMING...

K : KODA

J : JARO

S : SAJE

R : RASEM

D : DEVAN

L : LEAR

La  pièce était plongée dans le silence lorsque les quatre hommes débarquèrent, paniqués. Koda, qui se trouvait déjà dans la pièce avec Jaro, se retourna et découvrit avec stupeur ses trois compagnons portant à bout de bras le quatrième.

K : Bordel ! Saje, qu’est-ce qui lui est arrivé ?

S : Déposez-le ici ! Doucement !

Rasem et Devan s’exécutèrent et déposèrent le corps lourd de Lear sur le sol de la base.

J : Saje, qu’est-ce qui s’est passé ?

S : Je t’expliquerais après. Vous trois, vous sortez.

Quoi ? Mais pourquoi ?

S : Sortez je vous dis ! Je reste avec lui. Jar’, reste ici, je vais avoir besoin de toi.

Rasem, Devan et Koda se jetèrent des regards d’incompréhension et vidèrent la pièce, laissant les poumons de Lear se remplir à nouveau.

J : Pourquoi les avoir mis dehors ?

S : Ils n’ont pas à voir ça, ils ne sont pas préparés.

J : Tu supposes que moi, si ?

S : Disons que tu es le plus calme d’entre nous et pour le moment, c’est de ça dont on a besoin, de self control.

L’homme s’agenouilla et prit son camarade dans les bras.

S : Calme-toi mon frère, tu es en sécurité. 

J : Il a vraiment pas l’air bien… Qu’est-ce qui s’est passé ?

S : J’en sais rien. On l’a trouvé dans une cave, en train de se frapper la tête contre les murs. Putain de mission. Je savais que c’était trop risqué de venir ici !

J : Ce n’est pas de ta faute, on aurait dû rester avec vous.

S : Peut-être. Peu importe. Je vais nettoyer ses plaies. Toi, prépare-lui une dose d’adrénaline. Il faut le ramener, on ne peut pas le laisser comme ça. 

J – Du 120 ? 150 ?

S – Trop léger. Il nous faut au moins du 225.

J – 225 ? Tu es sûr de toi ? Ça pourrait le tuer…

S : On est obligé. Si la dose n’est pas assez forte, il ne reviendra jamais alors je préfère prendre le risque de le perdre plutôt qu’il devienne esclave de sa propre psyché.

J : Comme tu veux. J’espère que tu as raison.

L’homme qui était allongé sur le sol froid de la base n’était plus que l’ombre de lui-même. Ses yeux étaient retournés, sa peau pâle et le reste de son corps, immense, ne semblait plus être en capacité d’interagir avec le monde extérieur. Jaro s’approcha, lui prit le bras, releva la manche de sa combinaison et comprima la capsule d’adrénaline sur sa veine. Rien ne se passa.

J : Ça, c’est pas normal.

S : C’est bien ce que je pensais.

J : Je n’ai jamais vu qui que ce soit ne pas réagir à une telle dose. Je ne sais pas ce qui…

Avant d’avoir pu terminer sa phrase, Lear commença à trembler.

S : Qu’est-ce qui se passe ?! 

J : J’en sais rien !

S : Il bave bordel ! Il est en train de faire une crise ! 

J : Je t’avais dis que ça pouvait le tuer !

S : La dose ! Combien tu lui a mis ?

J : 225, comme tu me l’as demandé !

S : Reste avec nous, Lear on a besoin de toi ! 

Le corps de l’homme était brûlant. 

J : Une injection, il faut lui refaire une injection !

S : Non, attends, je crois que j’ai une idée.

L’homme se précipita sur son sac et sortit un masque, sur lequel était accroché un récipient. Ses fines parois retenaient un gaz presque liquide. 

S : Qu’est-ce que c’est que cette merde ?!

J : Du gaz de Jagaroo. 

S : Tu te fous de moi ? Il est sur le point de faire un arrêt cardiaque et toi tu veux le droguer ?

J : Laisse-moi faire, ça peut peut-être marcher. De toute façon il n’y a aucune autre solution.

Saje accepta l’évidence et lui céda la place. Jaro pris la tête de Lear, posa le masque sur son visage et le força à inhaler le gaz. En trente secondes, le corps du malheureux avait assimilé la dose et commença à se détendre. Les tremblements cessèrent et ses yeux reprirent doucement leur aspect originel.

S : Qu’est-ce qui s’est passé ? On l’a retrouvé ?

J : Je ne sais pas. Le gaz a dû calmer sa crise mais je pense que c’est temporaire.

S : Lear, tu m’entends ? C’est Saje, Jaro est là aussi. Comment tu te sens ?

L’homme se redressa avec difficulté et jeta un oeil autour de lui, l’air hagard.

Lear : Qu’est-ce qui s’est passé ?

S : Tu ne te souviens plus ? On était en mission de reconnaissance, tu t’es éloigné et on t’a perdu. On t’a cherché des heures, on pensait que tu étais mort.

L : Je… Je ne me sens pas très bien. J’ai mal à la tête. Qu’est-ce qui m’est arrivé ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

La capsule, vide, était toujours accrochée à sa veine.

S : De l’adrénaline. On a essayé de t’injecter une dose mais ça ça n’a pas fonctionné comme prévu. C’est Jaro qui t’a sauvé.

L : Qui ? 

J : Lear, c’est moi. Jar’.

S : Laisse, il doit être encore sous le choc. Probablement une amnésie sélective temporaire.

L :  Où est-ce qu’on est ?

S : À la base..

L : Où sont les autres ?

J : De l’autre côté. Saje leur a demandé de sortir quand on t’a amené ici.

L : Comment ça… de l’autre côté ? Ils sont ensemble ?

S : Pourquoi tu me demandes ça ?

L : Réponds-moi Saje.

S : J’en sais rien moi, je suppose que oui.

À cet instant, les yeux de l’homme s’écarquillèrent et sa bouche cracha un son guttural terrifiant.

tae’uʁuk

J : Bordel ! C’était quoi ça ?

tae’uʁuk

tae’uʁuk

tae’uʁuk

S : Lear, qu’est-ce qui se passe ? On ne comprend pas ce que tu racontes ! 

L’homme se releva d’un coup, gueule béante et hurla.

Infini indivisible, 

Divise-toi et rend possible l’impossible.

Infini Invisible,

Montre-toi et rend possible l’impossible.

J : Seigneur, il est en train de devenir fou…

S : Va chercher le reste de l’équipe. TOUT DE SUITE !

Jaro s’empressa d’obéir et quitta la pièce au pas de course.

In  f  ini ind i     vis ible.  

D     ivi  se   toi      et r  end p      ossi  ble l’imp  ossible

In   fi n      i nvi   s    i      bl    e   

M     ontre     t oi        et rend p  oss ib     le l’im    poss  i bl      e

Qu’est-ce qui t’es arrivé , mon frère ? Qu’est-ce que tu as vu là-bas… pensa Saje. Ses yeux étaient rivés sur son camarade qui vomissait sans cesse les mêmes phrases sans même reprendre sa respiration. Sa conscience semblait désormais évoluer dans une dimension supérieure, une dimension cachée de tous dont il était le seul témoin.

In      fi n        i           in         divi             s                ible

Di vise        toi           et   rend vi               si       ble             l’im                    po ss        ible

In              f             in     i in          vis           i                         ble,

M       on                    tre       to         i et            rend po                  ssi                   ble

l ’i mpo           ssi            ble

Jaro revint.

J : Les voilà.

Rasem et Devan entrèrent dans la pièce.

R : Putain, qu’est-ce qui se passe ici ? Lear ! Ça va mon frère ?

L’homme se jeta aux pieds de son camarade agonisant.

D : On l’a entendu hurler depuis l’autre bout de la base ! Qu’est-ce qui lui arrive ?

S : Je n’en sais rien, il répète ces phrases depuis cinq minutes. J’y comprends rien.

J : Infini indivisible.. Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu penses qu’il y a un rapport avec les autres expéditions ?

S : Aucune idée. La seule chose dont je suis sûr c’est que j’aurais jamais dû accepter cette putain de mission.

J : Saje, regarde ses yeux, on dirait qu’il voit quelque chose.

R : Je… je crois que j’ai déjà vu ça quelque part.

D : Quoi ? Où ça ?

R : Au centre de préservation. Un jour, je suis tombé sur un document qui parlait de personnes qui voyaient des choses que d’autres ne voyaient pas, des apparitions..

S : Hein ? Mais de quoi tu parles..

J : Attendez !

La voix de Jaro fit trembler les 3 hommes.

S : Qu’est-ce qui t’arrives ?

J : Rasem, où est Koda ?

R : Hein ? Il est sortit, pourquoi ?

J : Sortit ? Pour aller où ?

R : Il est sortit de la base. Il ne se sentait pas bien et il voulait prendre l’air donc il…

S : Je te demande pardon ?

R : Il est…

S : Tu es en train de me dire que Koda est à l’extérieur du bâtiment ? Et seul en plus de ça ?

L’homme, furieux, se releva. La mâchoire tendue, les poings serrés, il s’approcha de son coéquipier.

R : Chef, je ne pensais pas que… 

S : Que quoi espèce d’imbécile ? Tu ne vois pas que quelque chose cloche sur cette foutue planète ?! Lear est resté seul trois heures et regarde le maintenant ! Il est devenu complètement fou !

Jaro tenta de s’interposer mais la force de la nature qu’était Saje le fit tomber à la renverse. L’homme se jeta sur Rasem, l’attrapa par le col et le souleva à plusieurs centimètres du sol poisseux.

S : Écoute moi bien. Si tu ne vas pas chercher Koda tout de suite, je te promets que je ferais tout mon possible pour que toi et ton petit camarade soyez envoyés en exil à une distance telle de la rémanence que plus jamais, vous ne ne pourrez entrer en contact avec aucun être humain, c’est compris ?

J : Chef, reprenez-vous, ce n’est pas le moment de craquer. Rasem, Devan, obéissez et surtout, restez ensemble. Ah et prenez ça. Si il a une crise, vous lui faites inhaler une dose. Ça devrait le calmer.

R : Mais je…

J : Allez-y ! Chaque minute compte !

Les deux hommes détalèrent.

S :  Mais qu’est-ce que j’ai fait pour me taper des abrutis pareils…

J : Calme-toi. Occupons-nous plutôt de Lear. Qu’est-ce qu’on fait de lui ?

S : Rien. On ne va rien faire de lui. C’est un citoyen, il faut qu’on trouve une solution pour le sortir de là et pour quitter cet endroit.

J : Si je peux me permettre chef, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. On a été envoyé ici pour découvrir ce qui est arrivé aux expéditions qui nous ont précédées, pas pour fuir. 

S : Qu’est-ce que tu proposes ? Qu’on attende et que l’on se mette tous à disjoncter ? 

J : Peut-être.

S : Peut-être ? Tu plaisantes j’espère ?

J : Réfléchissons deux minutes. Deux expéditions sont passées ici avant nous, trois si on compte l’expédition 0. Sur 15 éclaireurs, 11 sont morts, ici même. Le reste a disparu. On est les derniers. Si il y a bien quelqu’un qui doit tout faire pour comprendre ce qui se passe ici, c’est l’un d’entre nous. 

S – Quitte à risquer la vie des autres membres de l’équipe ?

J : Ça ne me plait pas de dire ça mais si c’est nécessaire, oui. On ne peut pas se permettre de partir sans savoir ce qu’il s’est passé.

S : C’est n’importe quoi..

J : Si tu as mieux à proposer, je t’écoute.

L’homme hésita.

S : J’ai rien à proposer. Tu t’entends parler, Jaro ? Tu es prêt à risquer la vie de tes camarades pour une mission qui a déjà fait 11 morts. Tu ne vois pas que c’est ce qui nous attend si on reste ici ?

J : Je le sais mais c’est justement pour ça qu’il faut rester. Qui sait ce qui se passera ensuite si on s’en va ? C’est peut-être notre civilisation qui est en jeu, Saje.

S : Tu divagues. Tout le monde est mort ici. Personne n’est rentré, tu comprends ça ? En quoi ça mettrait en péril notre civilisation ? 

J : Tout le monde sauf les disparus.

S : Les disparus ? Parce que tu les crois toujours en vie ? 

J : Pas toi ?

S : Absolument pas. Et si c’est le cas, sache que j’en ai rien à foutre ! Tu veux savoir à tout prix ce qui cause toute cette merde ? Très bien, fais comme tu veux mais moi, je me tire d’ici !

J : Saje, tu dois te reprendre. Il faut agir avec raison. 

S : Je n’agis plus avec raison quand je vois l’un des miens se faire du mal et hurler des mots dans une langue inconnue ! Si l’Hélion voulait de la logique et de la raison, il fallait envoyer des rémanents. La mission est un échec. Maintenant, je rentre chez moi.

L’homme se releva, prêt à partir mais Jaro l’en empêcha.

J : Écoute. Moi aussi j’ai envie de rentrer, moi aussi j’ai peur mais on ne peut pas se…

Avant qu’il n’eut terminé sa phrase, un hurlement, semblant tout droit provenir de la gorge d’une antique créature, retentit dans toute la base et la fit trembler jusque  dans ses fondations les plus profondes. Les deux hommes se turent presque immédiatement.

S : Bordel, c’était quoi ça ?

J : J’en sais rien mais je crois que ça…

Un nouveau cri. Plus fort, plus puissant et plus clair.

tae’uʁuk ¡

S : Bloque la porte ! Prends ça et condamne la !

J : Et les autres ? Rasem ? Koda ? 

S : Je vais essayer de les appeler !

Saje se saisit de son hyper-transmetteur et tenta une connexion.

S : Ici Saje, Rasem, Devan, est-ce que vous m’entendez ?

[…]

De l’autre côté de la porte, le silence semblait total. L’obscurité aussi.

S : Je répète, ici Saje. On a entendu un cri venant de l’autre côté de la base, où êtes-vous ?

[…]

S : Bordel de merde ! Il faut que j’aille voir.

J : Saje, ne fais pas ça ! On ne sait pas ce qui se passe là-bas !

S : Fais-moi confiance. Toi, occupe-toi de Lear. J’ai besoin de moins 10 minutes pour faire l’aller-retour donc si tu n’as pas de nouvelles de moi d’ici là, tu condamnes la porte et tu te barres d’ici avec lui.

J : Ok, mais sois prudent.

Saje quitta la pièce et s’enfonça dans les ténèbres qui s’offraient à lui. En un instant, il avait disparu. Jaro était maintenant seul avec Lear.  Celui avec qui il avait passé les tests, l’Épreuve. Il se souvint du jour des résultats. Il pleuvait. Fait en apparence banal mais tout à fait exceptionnel pour Laonis, la planète Eden, qui souffrait d’une sécheresse jamais vue depuis 30 ans. Connue dans toute La Grande Société, elle était adorée de tous. La richesse de ses paysages et la diversité de la vie animale et végétale qui y régnait faisait la destination idéale pour les amoureux de l’hyper-voyage. L’eau qui était tombé ce jour-là était particulièrement attendue. Jaro se souvenait de son odeur, de sa texture presque gélatineuse et se dit qu’il ne ressentirait peut-être plus jamais cette sensation. Naître au paradis pour mourir en enfer, peut-être était-ce là sa seule destinée.

Les prières de Lear, qui n’avaient pas cessées, le fit revenir à la réalité. Les mots du malheureux s’étiraient de plus en plus. Les paroles n’en étaient plus et ressemblaient désormais à un flot de pensées pures se déversant directement dans l’esprit de Jaro.

I   n                                     fi                n        i           in         div                                i             s                ible 

 v           ise                           toi             et rend     vi               si       bl         e              l’in                    vi                    si

In              f             in             i in          vi           si                                                   ib                       le

M             on                    tre       to         i et            rend        po                ssi      ble   

l ’.             i                 mpo                   s                  si

Jaro lui tenait la main, prêt à laisser son camarade basculer de l’autre côté. Pourquoi on est venu ici ? Pourquoi on s’est obstinés à passer ces tests  ? On aurait pu rester sur Laonis et vivre en paix avec les nôtres et pourtant, on a tenu à partir. Pour quoi ? Pour mourir comme tous les autres !  Comprendre cette planète ne nous mènera à rien. Il faut l’isoler et s’éloigner le plus possible d’elle… Malédiction.

n                                         i           in                                       vis                                     i  

 e      toi                                                et                                    vi               si       bl                        e                          l’i                                      

                          i in                                       vis  i                          b                                                      le

  rend                                   po               ssi

                 ble.            l’i

Jaro était perdu dans ses pensées quand un bruit, venant cette fois de l’extérieur, attira son attention. Pendant un instant, il crut percevoir des vibrations dans le sol, comme si une horde de sauvages se dirigeait vers lui à une vitesse inouïe. Soudain, il entendit une voix à travers son hyper-transmetteur qu’il portait autour du cou.

[J…..JAR’]

J : Saje ? C’est toi ?

[…]

[JA…..LA PORTE.. FERME LA…….]

J : Qu’est-ce qui se passe ? Où sont les autres ?

[MORTS…..]

[RASEM EST MORT]

[…]

J : C’est pas vrai… 

[… FRÈRE]

Les interférences se montraient de plus en plus graves à mesure que les secondes s’écoulaient.

J : Où es-tu ? Tu peux me rejoindre ?

[…]

J : Saje ? T’es toujours là ?

[JE SUIS….. SUIS DÉSOLÉ]

[…]

Transmission terminée. À cet instant, le regard de Jaro croisa celui de Lear. Son état avait encore changé. Ses yeux étaient morts et sa peau pâle devenue presque translucide faisait ressortir ses veines et ses muscles. Il reprit connaissance.

L : Elle… elle est là. Enfin, je la vois.

J : Lear.. ?

L : La Profonde Vérité. L’Éternelle Évidence. L’Indivisible me l’a montré. 

J : L’Indivisible ? Mais de quoi tu parles à la fin, Lear ?

Sans s’en rendre compte, Jaro s’était éloigné de son camarade qu’il ne reconnaissait plus. 

L : L’Indivisible. Le Maître de l’Invisible Infini. taɛ’uʁuk.

J : Lear, il faut que tu reprennes tes esprits. Tu me fais peur.

L : Il est là. Autour de nous. En nous. En moi.

J : Lear, je t’en prie…

L : Son règne est sur le point de toucher à sa fin. Il a besoin d’un héritier.

L : Il a besoin de moi. Et de toi. 

Jaro était désormais debout, contre la porte qu’il venait de condamner à moitié. Lear, lui, était assis sur le sol et ses yeux semblaient vouloir insuffler la mort dans le regard de Jaro. 

taɛ’uʁuk, dit-il en se levant doucement.

J : Lear, tu n’es pas dans ton état normal, tu a besoin d’un médecin.

taɛ’uʁuk, dit-il en s’approchant doucement.

J : Lear…

L : Je n’ai besoin de rien, sauf de ça. 

J : Mais de quoi tu parles à la fin !

L : L’Endoméon. Donne-le moi.

J : Lear, qu’est-ce que tu fais ? Ne me force pas à devenir violent… 

L’homme, du moins ce qu’il en restait, était désormais à quelques centimètres de lui. Jaro pouvait voir sa peau trembler, ses yeux convulser, son souffle se refroidir. Lear ne semblait plus être motivé que par une seule et unique chose. Quelque chose qui dépassait ce qu’un être humain, aussi évolué soit-il, était capable d’appréhender. Jaro s’empara sans s’en rendre compte d’une barre en métal qui traînait dans le coin de la pièce.

L : Viens avec moi. L’univers a quelque chose à nous montrer.

J : Lear, si tu ne retournes pas…

Avant même que l’homme eu le temps de terminer sa phrase, Lear, bestial et vide de toute humanité apparente, se jeta sur son frère et lui arracha la gorge.

ÉCHEC

Fin de la simulation.

 

Dans la salle de projection, Sane sursauta et glissa de son siège, faisant ainsi tomber l’interface de test sur le sol lumineux.

– Bordel ! Qu’est-ce qui s’est passé ? 

– Vous avez échoué. Le test est terminé. On va vous déconnecter.

– Attendez ! lança t-il en se relevant, dites-moi au moins ce qui s’est passé. 

– Vous êtes mort. 

– Ça, j’avais compris mais comment c’est possible ? demanda Sane, en s’avançant vers le contrôleur qui se trouvait derrière la vitre. Ce n’était pas censé se passer comme ça.

– L’ objectif de cette simulation était de découvrir ce qui a causé les crises contractées par les différentes équipes. Vous avez échoué. Lorsque vous êtes entrés à la base avec le corps de Lear, vous avez pris la décision de diviser votre groupe en deux. Ce n’était pas forcément une mauvaise idée mais dans ces conditions, cela ne pouvait vous offrir qu’une seule issue. Celle-ci, dit le contrôleur en montrant du doigt le panneau sur lequel il était inscrit ÉCHEC.

Il reprit.

– Rassurez-vous, tout n’était pas mauvais. L’idée d’utiliser du gaz de Jagaroo était audacieuse. Il me semble que vous êtes le premier à l’utiliser dans cette projection mais malheureusement c’était insuffisant. 

– Je ne pensais pas que j’échouerais si vite…

– Ne dites pas ça. Votre projection a duré presque 4 jours. Certains échouent bien plus vite que vous. J’en ai même vu certains échouer à l’atterrissage sur la planète… Vous avez fait des erreurs mais vous avez tenu bon. Et vous êtes restés avec Lear jusqu’à la fin, malgré la tournure que prenait les événements. Cela est révélateur de grandes qualités.

– Très bien… Je vous remercie, dit-il dépité.

– Ne désespérez pas. Si vous y tenez, vous pourrez retenter votre chance le mois prochain.

– Et si d’ici là, un autre citoyen résout l’affaire ?

– Il y en aura d’autres. Vous savez, des affaires non élucidées, ce n’est pas ce qui manque ici…

Sane salua le contrôleur et se dirigea vers la sortie, le regard baissé. Tout ça pour ça, quel gâchis. Une fois à la porte, il posa sa main sur la poignée entendit un bruit derrière lui. C’était une voix.

L’Indivisible arrive.

L’homme se retourna.

– Qu’est-ce que vous avez dit ?

– Je vous demande pardon ? rétorqua le contrôleur, qui s’était déjà replongé dans ses dossiers.

– Hm. J’ai cru entendre quelque chose. Laissez tomber.